Jacques Monod's speech at the Nobel Banquet in Stockholm, December 10, 1965 (in French)
Sire, Altesses Royales, Monsieur le
Président, Mesdames, Messieurs.
L'intention profonde de votre illustre Fondateur n'était pas
tant, semble-t-il, de distinguer certains hommes, que de
consacrer aux yeux de tous les hommes les plus hautes valeurs de
leur culture : la Paix, l'Art et la Connaissance. Valeurs qui ne
peuvent s'épanouir qu'alliées les unes aux autres,
nourries les unes par les autres. Car la Connaissance
elle-même n'est accessible que fondée sur une
éthique comme sur une esthétique; éthique et
esthétique qui, à leur tour, sont enrichies par la
Connaissance. C'est pourquoi sans doute votre Fondateur a voulu
que les Œuvres de Paix, la Science et l'Art fussent
associés dans l'hommage qu'il entendait leur rendre.
Par la grandeur de ce projet, et grâce au dévouement, au scrupule, à l'indépendance totale des hommes qui ont eu la lourde tâche de l'exécuter, la Fondation Nobel a rendu d'inestimables services en rappelant, parfois en révélant, aux hommes de notre temps les sources les plus riches et les notions les plus profondes de leur civilisation. C'est à cela que tient le prestige incomparable de votre récompense dont la signification et l'importance dépassent de beaucoup la personne même du lauréat qui s'en trouve être l'objet.
Mais si je vois dans ma présence aujourd'hui parmi vous, bien moins le signe d'une distinction personnelle qu'un hommage aux idées, à l'éthique et à l'esthétique de la discipline que j'ai cherché à servir, ma reconnaissance envers ceux qui ont pu me croire digne d'assister à cette fête n'en est pas moins émue et profonde.
Permettez-moi de vous remercier de m'avoir donné, ainsi qu'aux miens, la joie d'être témoins de ces magnifiques fêtes, bien dignes, par leur éclat, des hautes valeurs qu'elles célèbrent. Et laissez-moi vous dire enfin combien nous avons été touchés par la généreuse courtoisie d'une hospitalité inoubliable et par des attentions personnelles qui ont pour les miens, comme pour moi-même, tissé autant de liens d'amitié que créé de devoirs de gratitude.
From Les Prix Nobel en 1965, [Nobel Foundation], Stockholm, 1966
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